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Samedi 14 mars : Lc 18, 9-14
Commentaire
Deux hommes montent au Temple. Même lieu, même acte religieux et pourtant, intérieurement, tout les sépare.
Le pharisien se tient debout et laisse monter une prière où le « je » occupe tout l’espace. Il énumère ses œuvres, bien réelles, mais les contemple comme des trophées. Son action de grâce glisse vers une célébration de lui-même où Dieu devient le témoin de ses mérites plus que le destinataire de son offrande. Le prochain, lui aussi, n’existe que comme point de comparaison destiné à confirmer sa supériorité.
A l’inverse, le collecteur d’impôt demeure à distance. Les yeux baissés, il n’avance ni argument, ni défense. Sa parole est brève et nue : il ne présente que sa pauvreté et consent simplement à se tenir sous le regard de Dieu pour implorer Sa miséricorde.
Là où le pharisien parle de lui à Dieu, le collecteur d’impôt parle de son besoin de Dieu.
Au-delà ce regard porté sur soi-même, la parabole interroge aussi le regard posé sur l’autre. Qu’il soit un regard de jugement nourrissant l’orgueil ou un regard de condamnation de soi débouchant sur le découragement, la comparaison qui en émane est un poison pour la vie spirituelle. En effet, à force de se mesurer à l’autre, on cesse de se tourner vers Dieu ; le Seul dont le regard importe vraiment.

La question de la pratique religieuse devient donc centrale.
Les œuvres ne sont ni condamnées ni méprisées : elles sont bonnes et nécessaires. Mais tout dépend du cœur qui les anime. Offertes à Dieu, elles deviennent un chemin d’amour et de croissance mais lorsque l’homme se les approprie comme une fin en soi et un instrument de jugement, elles se vident de toute valeur. Comme le rappelle saint Paul : « s’il me manque l’amour, je ne suis rien » (1 Co 13,2).
L’apparence ne suffit donc pas, Dieu regarde le cœur. Il ne s’arrête ni à la réputation ni à la performance, mais à la disposition intérieure. Le renversement final l’affirme avec force : « Qui s’élève sera abaissé ; qui s’abaisse sera élevé. » Ce n’est pas une leçon de morale, mais une loi spirituelle : celui qui se suffit à lui-même ne peut recevoir mais celui qui reconnaît son manque ouvre alors un espace à la grâce qui sera accordée avec abondance.
Prière :
Aime, et fais ce que tu veux.
Si tu te tais, tais-toi par Amour ;
si tu parles, parle par Amour ;
si tu corriges, corrige par Amour ;
si tu pardonnes, pardonne par Amour.
Aie au fond du cœur la racine de l’Amour :
De cette racine, rien ne peut sortir de mauvais.
Saint Augustin, « Commentaire de la Première épître de Jean, traité VII, 8 »
Samedi de la 4ème semaine de Carême – 14 mars 2026 –Liliane TAILE laïque jevismafoi.com et Radio Arc en Ciel, en partenariat avec le SEDIFOP.
