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L’Évangile selon saint Matthieu (18, 21-35) commence par une question de Pierre. Une question très humaine : « Combien de fois dois-je pardonner ? Jusqu’à sept fois ? » On entend derrière cette question une logique de calcul. Pierre veut bien pardonner… mais jusqu’à une certaine limite. Parce que pardonner, ça fatigue. Parce que certaines fautes blessent profondément. Parce que, humainement, on finit par compter. Et Jésus répond : « soixante-dix fois sept fois ». C’est-à-dire sans limite, sans mesure. Le pardon chrétien ne relève pas d’un calcul stratégique ni d’une gradation proportionnelle à la faute. Il participe à la miséricorde infinie de Dieu.
Le royaume des Cieux est comparable à un roi :
Le royaume des Cieux et le royaume terrestre, deux réalités appelés à s’unir. Cette comparaison rejoint la prière du Fils : « Notre Père, que ta volonté soit faite sur la terre comme au ciel ». Les « réalités d’en haut » désignent la vie nouvelle reçue dans le Christ ressuscité : le pardon, la charité, l’humilité, la pureté, la paix. Saint Paul aux Colossiens (3,1-2) nous dit : « Du moment que vous êtes ressuscité avec le Christ, rechercher les vérités d’en-haut ». Il ne demande pas de fuir le monde ni de mépriser la vie terrestre. Les réalités d’en haut, ce n’est pas fuir la terre. C’est vivre ici-bas avec un cœur ajusté à Dieu. C’est laisser descendre la justice du ciel dans nos relations concrètes. Il nous invite à orienter nos cœurs, notre intelligence et nos choix vers ce qui vient de Dieu, ce qui conduit à la sainteté, ce qui correspond au Christ, ce qui est éternel.
La correction fraternelle et le pardon mutuel :
Les compagnons du serviteur impitoyable sont « profondément attristés » et vont avertir le roi.
Cela montre que nous ne sommes pas isolés dans notre Salut. La correction fraternelle n’est pas dénonciation, mais acte de charité ordonné à la sainteté. Dans l’Épître aux Colossiens (3,13-14), St Paul nous dit « Supportez-vous les uns les autres… pardonnez-vous mutuellement… revêtez l’amour, c’est le lien parfait ». C’est le lien par excellence. Et, au verset 16 il reprend : « Avertissez-vous les uns les autres avec sagesse. ». Le pardon mutuel participe à l’édification du Corps du Christ.

La pédagogie du roi : une filiation du pardon, de la grâce, de la miséricorde :
« Ne devais-tu pas, à ton tour, avoir pitié… ? » Le roi révèle une logique de filiation : on transmet ce que l’on a reçu. Le pardon n’est pas un mérite, mais un don reçu de Dieu. Le pardon n’est pas d’abord une obligation morale. C’est une filiation. On pardonne parce qu’on est enfant d’un Père miséricordieux. Il y a comme une circulation de la grâce. Je reçois, donc je donne. Je suis pardonné, donc je pardonne. Si je refuse le pardon, je refuse la grâce de Dieu en moi.
Le sérieux du verdict :
« C’est ainsi que mon Père du ciel vous traitera… ». La parabole montre la gravité spirituelle du refus de pardonner. Le pardon n’est pas optionnel, il est constitutif de la vie chrétienne, il nous configure au Père. Cela rejoint (Luc 6,36-38) : « Soyez miséricordieux comme votre Père est miséricordieux. Ne jugez pas, et vous ne serez pas jugés ; ne condamnez pas, et vous ne serez pas condamnés. Pardonnez, et vous serez pardonnés. Donnez, et l’on vous donnera : c’est une mesure bien pleine, tassée, secouée, débordante, qui sera versée dans le pan de votre vêtement ; car la mesure dont vous vous servez pour les autres servira de mesure aussi pour vous ».
Prions
Seigneur, que ton pardon ne s’arrête pas à moi. Qu’il traverse mon cœur. Qu’il devienne vie pour mes frères. Puisse notre cœur, tout entier, vivre de ta Miséricorde !
Mardi de la 4ème semaine de Carême – 10 mars 2026 –Emmanuel BRANCHET laïc jevismafoi.com et Radio Arc en Ciel, en partenariat avec le SEDIFOP.
