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Avec le franc-parler qui le caractérise, l’apôtre saint Jacques nous dit : « Le jugement est sans miséricorde pour qui n’a pas fait miséricorde ; mais la miséricorde se moque du jugement » (Jc 2, 13).
Un jour, en Haïti, après le séisme du 12 janvier 2010, en évoquant les vols et les abus de toute sorte – une fillette de onze était enceinte –, une religieuse haïtienne s’exclamait : « Les hommes sont sans pitié.»
Le nom de Dieu est miséricorde mais sa miséricorde exige que nous soyons miséricordieux à notre tour. La tentation est grande de se débarrasser des œuvres de miséricorde en soulignant les fautes des autres : « Ils l’ont cherché ! »
Souvent, dans nos relations humaines, nous appliquons « la loi de l’entonnoir », comme le dit la sagesse populaire en langue espagnole : « le côté large pour moi, le côté étroit pour les autres ». À moi les excuses et la miséricorde, le droit à l’erreur et les conditionnements défavorables ; aux autres la responsabilité et l’application rigide des principes et des lois.
La réaction de Dieu est claire et nette : « Pas de miséricorde pour celui qui n’accorde pas la miséricorde ! »
Dans l’Évangile selon saint Matthieu au chapitre vingt-cinquième, Jésus précise les œuvres de miséricorde sur lesquelles nous allons être jugés ; parmi celles-ci figure la visite aux détenus de nos prisons.

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De tout temps, pour les fautes graves et les crimes, les hommes ont fait appel aux sentiments de compassion et de pitié des responsables juridiques et politiques. L’enseignement de Jésus et la doctrine sociale de l’Église font appel à la justice.
Traditionnellement, la justice consiste à donner à chacun ce qui lui est dû. Tout le monde demande que justice soit faite. La Bible, dans les Psaumes, le veut aussi : « Amour et vérité se rencontrent ; justice et paix s’embrassent » (Psaume 85, 11). Pas de paix sans justice ! Mais voici le grand problème de l’homme : pécheur, habité par des passions, poussé vers le mal, ignorant et fragile, l’homme, tout homme, s’avère incapable d’accomplir la Loi et de vivre en homme juste. C’est l’expérience humaine. C’est aussi le cœur de la réflexion de l’apôtre saint Paul dans l’épître aux Romains : l’homme n’est pas sauvé par l’accomplissement de la Loi mais il devient juste par la foi en Jésus-Christ, c’est-à-dire, il est ajusté à Dieu par le sacrifice de Jésus sur la croix qui a cloué sur le bois du supplice (cf. Col 2, 14) la condamnation à mort de tous les hommes, coupables qu’ils sont à cause de leurs péchés et de leurs cœurs endurcis, sans pitié.
Il faut choisir alors entre l’aveuglement, l’hypocrisie ou la foi en la miséricorde de Dieu.
Jésus déclare fermement : « Allez-vous-en loin de moi, maudits, dans le feu éternel préparé pour le diable et pour les anges. (…) Car j’étais malade et en prison, et vous ne m’avez pas visité » (Mt 25, 41).
Ailleurs, dans l’Évangile, dans la parabole du débiteur impitoyable, Jésus condamne aussi le cœur fermé de celui qui après avoir bénéficié d’une immense remise de dette se montre sans pitié envers le pauvre misérable qui lui devait une petite somme (cf. Mt 18, 23-35).
La justice de Dieu se déploie dans la miséricorde. La miséricorde de Dieu est aussi sa justice. L’homme, toujours pécheur, ne peut pas vivre sans le pardon de Dieu et des autres.

Prions Dieu, riche en miséricorde (Ep 2, 4), pour tous les hommes afin qu’en cette Année de la miséricorde ils éprouvent la libération et le bonheur du pardon.
Prions Dieu pour les victimes, les personnes détenues et les magistrats, afin que la justice s’accomplisse dans la miséricorde.
Prions pour que chacun de nous fasse un geste de miséricorde envers des proches qui l’attendent parfois sans oser le demander.

Fr. Manuel Rivero O.P. – Chemin de Carème

Transcription audio : Manuel Rivero