Prédication disponible en format audio.
Comment définir la barbarie ? Il me semble que la barbarie consiste à réduire la réalité au quantitatif que l’on imagine pouvoir contrôler.
L’apôtre Thomas figure dans l’Évangile selon saint Jean comme l’exemple type des positivistes. Ayant entendu le témoignage des autres apôtres qui ont rencontré Jésus ressuscité, Thomas affirme son refus de croire : « Si je ne vois pas dans ses mains la marque des clous, si je ne mets pas mon doigt dans la marque des clous, si je ne mets pas la main dans son côté, non, je ne croirai pas ! ». Il ne croit qu’à ce qu’il voit et à ce qu’il touche.
Mais pouvons-nous réduire le réel à ce que nous voyons ou à ce que nous touchons ? Le virus du Covid-19 n’était pas visible à l’œil nu ; il ne se laissait pas toucher par nos mains. Pourtant, infiniment petit, complexe dans sa composition scientifique, ce virus a tué en masse tout en paralysant l’activité économique mondiale.
Leibniz (+1716), philosophe et mathématicien, se posait déjà la question au XVIIIe siècle : « pourquoi y a-t-il quelque chose plutôt que rien ? ».
Un peu de science peut éloigner de Dieu pour tomber dans une mentalité désenchantée du monde, beaucoup de science conduit à l’humilité et à l’émerveillement.
Pour les chrétiens, la connaissance ne reste pas dans les frontières de la raison ; la foi est aussi connaissance et entrée dans le mystère de Dieu. Pour saint Jean, l’évangéliste, croire c’est voir et voir c’est croire dans la lumière de la grâce.

L’apôtre Thomas a vécu un passage, une pâque, qui l’a conduit d’une ancienne manière de penser et de regarder à un nouveau regard sur le réel. Il a quitté le scepticisme. Il s’est laissé conduire par la grâce de l’Esprit Saint qui lui a fait voir et croire en Jésus ressuscité. Grand miracle de la divine miséricorde.
Thomas n’a pas renoncé à l’étude scientifique. Il est allé plus loin que la raison.
L’évangile ne précise pas si Thomas a mis sa main dans le côté transpercé de Jésus. Nous sommes libres de penser qu’il a touché les saintes plaies ou qu’il n’a pas eu besoin de le faire pour reconnaître Jésus, crucifié et ressuscité.
Retenons sa prière devant le Vivant : « Mon Seigneur et mon Dieu ! ». Des profondeurs des ténèbres, la prière de Thomas s’est éclaircie par le don de la lumière du Christ, de cœur à cœur, d’âme à âme.
Jésus présent au cénacle s’est rendu présent dans l’âme de Thomas.
Dans le rituel du baptême de l’Église catholique, pendant des siècles, les catéchumènes demandent la grâce de la foi avant d’être plongés dans les eaux qui vont renaître. A la question de l’évêque, au cœur de la veillée pascale, « que demandez-vous à l’Église de Dieu ? », le catéchumène ne répondait pas « la protection » mais « la foi ».
Le baptême donne la grâce de la foi, le bonheur de croire sans tout contrôler ni toucher : « Heureux ceux qui croient sans avoir vu ».
Demandons au Seigneur ressuscité d’augmenter notre foi, afin qu’en croyant en Jésus, la vie éternelle éveille notre corps et enchante notre esprit.
Deuxième dimanche de Pâques – Dimanche de la miséricorde – 12 avril 2026 – 8 avril 2026 – Fr. Manuel Rivero O.P. , jevismafoi.com et Radio Arc en Ciel, en partenariat avec le SEDIFOP.
