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La vérité sort de la bouche des étrangers
Aujourd’hui, nous célébrons l’Epiphanie (Mt 2, 1-12), manifestation personnelle de Dieu parmi les hommes.
En Orient, cette fête est reliée au baptême de Jésus où la Trinité se révèle auxhommes. Dans notre calendrier, ce baptême sera fêté la semaine prochaine, dimanche 10 janvier.
En Occident, dans le calendrier liturgique romain, en ce dimanche 3 janvier 2016, c’est la visite et de l’adoration des mages qui est soulignée par la manifestation de Dieu à toutes les nations.
Quel que soit l’épisode retenu, en Orient ou en Occident, c’est au monde entier que Dieu se révèle en personne et dans la personne de Jésus Christ. Par la puissance de l’Esprit qui permet à Marie d’être la Mère de Dieu, le Père dévoile son vrai visage en Jésus … à des personnes inattendues.

1 – En effet, les premiers bénéficiaires de la révélation divine ont été de pauvres travailleurs de nuit, les bergers. D’une part, il n’est pas facile de vivre un métier car ils doivent se tenir sur leur garde afin de protéger le troupeau. De plus, les nuits peuvent être froides en cette saison, et il leur faut « crécher » dehors afin de surveiller les bêtes. D’autre part, ces dernières leur transmettent une odeur forte qui colle à la peau. Les bergers partagent donc le sort du Divin Enfant, pauvres avec le Pauvre. Et c’est à eux qu’est portée de manière prioritaire la Bonne Nouvelle du salut : « Aujourd’hui vous est né un Sauveur ».

2 – Ensuite, de manière stupéfiante, par le biais d’une étoile, Dieu se manifeste à des étrangers, les fameux mages, et non pas à des juifs bien placés.
« Etranger » est celui qui n’a ni la même culture ni la même religion que moi. En ce début d’année 2016, ce sont par exemple ceux qui se pressent aux portes de l’Europe pour trouver une nouvelle patrie et un Eldorado. Dans la fête de l’Epiphanie, la révélation stellaire est visuellement et intérieurement si forte qu’elle pousse  les mages à quitter la tranquillité de leur cadre de vie pour se lancer dans une aventure dont ils ne connaissent pas à l’avance le terme. Ni les rigueurs du désert ni les difficultés de la route ne les arrêtent. Dieu se révèle donc par des étrangers (« moune dehors » en créole réunionnais) qui choisissent de marcher résolument avec courage et foi vers Celui qu’ils ne connaissent pas encore précisément, mais qui brûle intensément leur coeur. La pédagogie de Dieu nous étonnera donc toujours : une naissance humble dans un « parc zanimaux » (la crèche), annoncée d’abord à de pauvres ouvriers pastoraux, et aujourd’hui, à des étrangers, nos fameux mages.

 

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   3 – Notre tradition les considère comme des savants, qui ne sont pas rois, mais des scientifiques. Eux qui habitent très loin ont vu et suivi l’étoile, alors que les habitants juifs les plus proches ne l’ont pas découverte ! Car les mages ont un coeur ouvert à la vérité de Dieu. Le roi Hérode n’a pas le coeur ouvert, mais il se montre cynique et assoiffé de pouvoir : « Allez vous renseigner avec précision sur l’enfant … avertissez-moi pour que j’aille moi aussi me prosterner devant lui » (v. 8). Qui n’aime pas la vérité et veut rester figer sur son mode de fonctionnement aura beaucoup de mal à repérer l’étoile de Bethléem.
Quand ils entrent dans Jérusalem, l’étoile disparaît à cause du coeur fermé d’Hérode. Celui-ci a créé une ambiance de mort autour de lui, qui obscurcit toute
personne qui le côtoie, si bien que les mages aussi sont perdus dans la capitale au point de demander leur chemin (v. 2) ! Mais en sortant ce cet environnement
délétère, ils retrouvent un coeur plus serein et leur chemin car l’étoile réapparait. « A la vue de l’astre ils se réjouirent d’une très grande joie » (v. 10). C’est la même joie vécue par Marie, par sa cousine Elisabeth, et par les disciples d’Emmaüs. Joie de la rencontre avec le Seigneur dans un chemin de foi offert gratuitement à des étrangers selon un mode préparé par Dieu seul.

4 – Finalement, l’histoire des mages nous montre également que la foi est un chemin à parcourir chaque jour sur appel gratuit de Dieu. Ces mages ne font pas
partie du peuple élu, mais ils ont reçu son appel gracieux car eux aussi cherchent la vérité de la vie. C’est dans un exode intérieur incessant que l’on découvre le mystère de Jésus Homme et Fils de Dieu.
La foi n’est jamais acquise pour toujours. Une épreuve grave peut la faire disparaître … ou l’affermir. Des baptisés s’arrêtent parfois en chemin : leur foi n’a pas
évolué et ne s’est pas personnalisée, elle n’est pas devenue adulte. Nous n’avons pas besoin de la grandeur des cérémonies si, par la suite, il n’y a pas un chemin qui se poursuit à la suite de Jésus. L’Eglise n’est surtout pas un système de fêtes, mais une communauté qui chemine, en marche à la suite de son Seigneur et Ami.
Nous sommes foncièrement des voyageurs. Car notre maître Jésus est en route tout le temps : même si l’aventure peut être décapante, mettons-nous en
route comme les mages !

 

Père Pascal CHANE TENG. – Temps de l’Avent 2015